Maison de retraite

Réflexions sur nos interventions théâtrales en maison de retraite et nos représentations de nos courtes pièces de Sacha Guitry

 

Au terme de ce parcours effectué au sein des actions théâtrales développées par la compagnie du Catogan, il est indéniable que la spécificité des effets produits par les pièces sur le public relève bien des objectifs qui président à ces modalités d’intervention sociale. Identification du public aux personnages et aux situations qui sont mis en scène, stimulation de la réflexion via l’émotion, mise en commun de problèmes qui dans bien des cas semblent strictement personnels, tous ces éléments nous amènent à penser que les buts poursuivis par la compagnie du Catogan auprès du public du 3ème âge sont atteints. La forme théâtrale (« classique » ou débat théâtral) est bien cette forme qui permet de ressentir, puis réfléchir, discuter autour de ces difficiles questions: le lien, la relation multiples et variées auxquelles nous sommes confrontés. Le théâtre est alors l’opérateur d’une politique  qui vise à donner du plaisir: c’est bien le renforcement des capacités des personnes qui est au cœur de son ambition. Surtout, un des principaux résultats de cette réflexion est bien de mettre l’accent sur l’importance du dispositif au sein duquel s’insère la pièce de théâtre. Si celle-ci bien sûr développe ses propres effets (les effets propres du théâtre, que la pièce soit de facture classique ou s’inscrive, via le débat théâtral, dans la tradition du Théâtre populaire), elle n’en est d’autant plus pertinente que si elle s’insère dans un dispositif, pensé en amont, qui englobe action théâtrale, intervenants professionnels, action associative au sein d’un territoire. 

Cette intégration du théâtre dans un dispositif bien établi préalablement prend d’autant plus son sens qu’il s’agit de thématiques liées , et qui donc méritent tout particulièrement une réflexion sur l’articulation et l’organisation entre protagonistes, afin de développer une relation que l’on peut qualifier de politique sur les différentes actions et réactions des comédiens et du publics, par exemple en termes d’intégration des protagonistes qui sont généralement pensés comme déconnectés les uns des autres.

Par ce dispositif, à la fois simple mais qui demande une véritable attention dans son déploiement, le comédien peut être amené à sortir du contexte de la pièce et interagir avec une intervention d’une personne du public et le faire réagir à ses propos. De ce point de vue, la pièce de théâtre n’est que le point d’appui d’un ensemble plus vaste qui permet de thématiser tout ce que le spectacle théâtral aura fait advenir : émotions, craintes, idées, espoirs, voire rejets. La puissance du théâtre (ce sont les corps des comédiens qui font face au public), lorsqu’il est utilisé à des fins d’action sociale, doit être transmuée en thématisations variées afin de ne pas laisser, éventuellement, le public seul face à ses émotions : l’échange, la parole, la possible expression des émotions ressenties sont essentiels à la pertinence de l’action sociale. Ce dispositif général d’organisation peut s’appuyer sur deux grands traits : un travail de confiance réalisé en amont par les chargés d’action sociale avec différents partenaires sur le territoire ; la présence d’intervenants professionnels ou associatifs qui peuvent faire face aux questions plus pratiques que pose alors le public. Enfin, pour terminer et insister sur la puissance du dispositif théâtral, on ne peut pas ne pas évoquer le cadre général d’interprétation qui rend pertinent cette forme d’action sociale : l’outil théâtre au service de l’action sociale, la politique qui rend possible à notre époque des actions de ce type s’inscrivent au fond dans une longue tradition qui articule la formation de l’humain à des espaces dits « transitionnels ». Ainsi bien au-delà de toute mode et de toute facilité, le recours à ce type d’intervention sociale renoue en réalité avec ce qui caractérise en propre l’humain : la construction de la réalité au moyen du jeu, en l’occurrence théâtral, entendu comme accomplissement de soi dans la relation à l’autre.

 

Gwenhaël de Gouvello